tn_DSCF7356J’ai vu des chiens heureux à Tighmert chez Saliha, et je n’ai vu qu’un seul maître marocain jouer avec son chien à la plage, avec une balle. Il y avait une belle complicité entre ces deux-là. Je m’étais dit que tout ce que j’avais entendu dire sur la condition de vie d’un chien au Maroc était fausse, du moins je l’espérais.

Nous sommes arrêtés pour la nuit dans un camping du sud. Le gardien nous signale que son chien est attaché derrière notre camping-car et qu’il peut le déplacer si on veut. Nous lui répondons qu’il ne nous dérange pas. Et pourtant, je passe toute la soirée à penser à ce chien. Sa gamelle d’eau est retournée, il est attaché trop court pour sa taille, trop court pour un chien quoiqu’il en soit. Il s’est couché sagement dans un trou qu’il a creusé dans le sable. Il a des plaies aux oreilles et au dessus des yeux, visiblement dues aux démangeaisons de la gale qui commence à envahir son museau. Nous partons en ville à pied et revenons, personne n’a donné à boire au chien. Je retourne sa gamelle et présente un bidon d’eau. Il touche sa gamelle du museau, puis le bidon et me regarde en remuant la queue. J’ai encore parlé « chien ». Je remplis sa gamelle d’eau et il boit pendant plusieurs minutes. Je n’en reviens pas. Depuis combien de temps a-t-il soif ? La nuit tombe, nous mangeons, et décidons de lui apporter à manger puisque personne ne se soucie de lui. Nous n’avons rien qu’un chien puisse apprécier mais je doute qu’il fasse le difficile. Je fais cuire du riz, je rajoute de l’huile d’olive et je verse ça dans un bidon que je coupe en deux. Il est content de me voir s’approcher dans le noir et commence à manger. Le lendemain matin, je vois qu’on lui a donné des os, mais rien de plus.  Une meute de chiens errants entrent dans le camping. Les trois chèvres viennent se réfugier près du chien attaché qui aboie pour prévenir et pour faire fuir les intrus. Il tire sur sa laisse, hurle pour appeler. Personne ne le libèrera. Je remplis à nouveau sa gamelle d’eau et la cale avec des cailloux pour ne pas qu’il la renverse. Il vient chercher des caresses. Si je m’écoutais, je le lâcherais, mais il reviendrait et se ferait peut-être battre. Alors je le laisse se coucher dans son trou. J’ai tellement de peine lorsque nous quittons le camping !

Ce chien est gentil, gardien, fidèle, doux, reconnaissant. Mettez n’importe quel être humain dans la même situation et je doute qu’il puisse être qualifié des mêmes mots.

J’ai vu trop d’animaux vivre dans les pires conditions dans ce pays et j’en suis triste. Des chèvres mangent du papier trouvé au bord des routes faute de mieux, des moutons paissent dans les poubelles, des ânes et des chèvres ont les pattes avant attachées ensemble pour ne pas qu’ils s’en aillent, les chats et les chiens crèvent de soif dans les campings. Mais que font les hommes ? Mon côté optimiste me dit qu’il y a sûrement beaucoup d’autres animaux qui vivent mieux que ça.

tn_DSCF6288En attendant, il y a aussi un autre problème. Les meutes de chiens sauvages se multiplient et la rage se répand. La faute à qui ? Les chiennes ne sont pas stérilisées et font portées sur portées. Les chiots se nourrissent des déchets dans les rues et se fédèrent en meutes. Nous avons vu des meutes de plus de 20 chiens se déplacer ensemble, et ce n’était pas une balade canine organiser par des maîtres bienveillants. Après, bien sûr, ça se termine en drame, les bêtes font des bêtises et des graves, attaquent les troupeaux, et parfois, les enfants. Alors on met en place des campagnes d’empoisonnement et ça recommence. Parce qu’on ne prend pas le problème à la source : la stérilisation des animaux. Mais mon coup de gueule n’a pas de sens, il me fait du bien et c’est tout. On ne changera pas le monde en un jour.